Tout le monde l'aura remarqué, la situation de détresse vécue par les populations de Somalie, de l'Est du Kenya et d'une partie de l'Éthiopie au regard de la famine qui y sévit n'aura pas mobilisé grand monde.
C'est comme si ces morts là qui ne sont pas tombés sous les balles de quelques régimes autoritaires et sanguinaires n'existaient pas.
Après quelques jours à la une des journaux télévisés où nous avons pu voir l'horreur et la détresse humaine dans ce qu'elle a de pire principalement quant il s'agit d'enfants décharnés, le drame de ces populations a été totalement éclipsé par l'actualité immédiate.
En effet, entre le carnage en Suède, la crise de la dette, où les émeutes en Angleterre, les populations affamés de la corne de l'Afrique ont été passées par pertes et profits.
Une famille, victime de la sécheresse en Somalie.
Quoi de plus normal, puisque finalement ces sujets concernent les occidentaux et c'est bien connu, la charité bien ordonnée commence par soi même ce qui n'est que légitime.
Paradoxalement ce relatif désintérêt constituait pour tous les africains une formidable occasion de mettre en œuvre leur revendication pour une véritable indépendance africaine.
C'était surtout l'opportunité pour les chantres du panafricanisme, et de la dignité africaine, de faire valoir leurs idées sur une Afrique mature et responsable, capable de gérer ses propres problèmes ou en tout cas d'en amorcer la résolution.
Or, c'est à un véritable silence assourdissant auquel nous sommes tous confrontés.
Et pourtant, il y a péril en la demeure puisque des millions de personnes sont toujours menacées même si on est passé d'une terrible sécheresse à des pluies diluviennes.
Les chefs d'états africains prompts à faire des chèques dans le cadre de drame humanitaire extérieur au continent sont pour l'heure aux abonnés absents.
Le retour sur investissement médiatique en l'état est inexistant et ne mérite de ce fait aucune mobilisation qui serait rentable à court terme. On évitera donc les visites de personnalités.
Pour le reste, on est loin des débats enflammés entre pro – Gbagbo et pro – Ouattara dans la crise ivoirienne, des prises de positions sur l'impérialisme occidental dans le cadre de la guerre en Libye ou encore des propos interminables sur la haine de l'occident à l'égard du continent.
Ces critiques bien évidemment ne sont pas dénuées de fondement, elles ont même une certaine pertinence et elles sont sans doute nécessaires, mais au regard de ce que représente l'opinion publique africaine dans le monde, il y a fort à parier que cela ne changera pas grand-chose.
Alors, les africains doivent agir par eux-mêmes.
Or, dans le cas d'espèce, c'est précisément l'atonie totale, l'extinction de voix.
Dans ces conditions, peut-on encore se plaindre de "l'impérialisme occidental"? Les africains peuvent-ils encore être crédibles dans leurs revendications d'autonomie ?
Pour un véritable premier test de solidarité continentale, il y a fort à parier que la note solidaire africaine en sort sérieusement dégradée.
Pour autant, il n'est jamais trop tard pour bien faire et c'est l'occasion d'en appeler au sens des responsabilités de tous car la réflexion initiée par cette mise en perspective d'un drame africain ne concerne pas exclusivement les états mais chaque citoyen du continent qu'il soit à l'intérieur où à l'extérieur du continent.
La diaspora africaine réfugiée en occident est souvent apte à critiquer aisément les états qu'ils ont quittés ou les états qui les ont accueillis et c'est de bonne guerre tout comme ils se veulent les sentinelles d'une liberté qu'ils chérissent et qu'ils appellent de leurs vœux sur le continent.
Il convient cependant de leur rappeler que ces combats là, aussi utiles soient-ils ne sont pas incompatibles avec le devoir de solidarité.
Les africains ont l'occasion inespérée de sortir d'une sorte d'atavisme qui ferait d'eux des éternels assistés.
Il n'y a pas si longtemps feu Michael Jackson et un Collectif de chanteurs américains récoltaient des fonds et chantaient pour nous "we are the world" suivi notamment par des chanteurs français, britanniques et autres.
De cette action, on retient la leçon suivante, les autres, même s'ils ne sont pas toujours désintéressés, viennent néanmoins chez nous pour nous aider et pendant ce temps, nous regardons ailleurs en faisant semblant de ne rien voir.
Arrêtons de faire les sots car l'heure n'est plus aux débats de salon. Il est grand temps que les africains abandonnent le ministère de la parole pour celui de l'action.
Pour aider on a besoin de toutes les énergies et de toutes les actions.
Mobilisons-nous, envoyons des dons aux associations, créons des groupes sur différents réseaux sociaux, etc.
Le vrai sursaut commence maintenant, alors soyons digne.
Armand Samba Sambeligue