La Chronique de SAMBEL
Le 24 mai 2008 se sont déroulés à Brazzaville, capitale de la république du Congo les obsèques d'un chanteur congolais dénommé Rapha BOUNDZEKI.

Inconnu du grand public africain, mais véritable icône pour les congolais, Rapha BOUNDZEKI s'était fait connaître comme le chantre de la sape ou de la sapéologie.
Ces obsèques ont donné lieu à une grande messe des sapeurs mais elles ont également mit en lumière un fait sociétal qui fait l'objet de critiques de plus en plus vives.
Perçue comme un phénomène d'aliénation pour les uns, ou comme une véritable expression identitaire pour les autres, la sape ou la sapéologie ne laisse personne indifférent.
Pour les tenants de l'aliénation, la sape (société des ambianceurs et des personnes élégantes) et son succédané la sapéologie (ou l'art de l'élégance) symbolise la futilité, l'inconscience et l'absence d'ambition de personnes sans véritable projet dans un monde difficile où règne la pauvreté, la famine, la violence quotidienne.
Pour les pourfendeurs de la sape, l'état du monde en général et principalement de l'Afrique et du Congo en particulier interdit que l'on fasse étalage de vêtements de marque et de surcroît exclusivement d'origine occidentale.
Il y a une indécence, une insouciance à se "pavaner" dans les rues "endimanché" comme si on allait à un carnaval en enjambant les corps de la misère.
Pour les chantres de la sape/sapéologie en revanche, leur action ne saurait se réduire à de simples défilés sans utilité sociale.
Percevoir leur action uniquement sous le prisme de l'utilité sociale immédiate, c'est oublier que la sape à un soubassement idéologique profond qui trouve son origine dans la lutte coloniale.
En effet, dans l'historiographie des sapeurs, leur mouvement serait né de la prise de conscience par les anciens combattants africains mais surtout congolais de retour de la seconde guerre mondiale de la condition misérable faite à leur peuple.
De ce fait, porter le même vêtement que le colon, c'était quelque part l'égaler sans pour autant que le vêtement ne soit considérer comme le seul instrument de combat. Pour autant au yeux des frères et soeurs rester au pays sous la domination, l'ancien combattant sapeur était considéré comme "un 'évolué", c'est-à-dire plus tout à fait un indigène mais pas encore un citoyen libre.
Ce mouvement prendra une ampleur particulière au Congo-Brazzaville car il sera teinté de messianisme à travers la figure d'un homme, André-Grenard MATSOUA. Anti-colon, le phénomène de la sape où le vêtement constitue le premier élément de revendication va cependant connaître plusieurs évolutions au gré des mutations sociopolitiques au Congo.
Face à la misère, des populations, ce phénomène était devenu un refuge, dont les revendications n'étaient plus proprement politiques notamment en termes de contestations du pouvoir, mais plutôt sociétal, c'est-à-dire de création d'une identité sociale comme paravent à la violence politique.
Comme on peut le voir, les positions sont fermes et le débat est vif et passionné. Qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, la sape/sapéologie existe et suscite des réflexions.
Pour autant faut-il forcément prendre parti ? Doit-on forcément être pour ou contre ?
Certaines personnes s'offusqueront à l'idée même que la sape/sapéologie puisse faire l'objet d'une réflexion scientifique. Des anthropologues ou des sociologues, trouveront indéniablement dans ce phénomène un formidable objet d'étude.
Finalement, peu importe car l'essentiel, c'est que tout le monde puisse s'exprimer.
C'est un penseur qui disait, je ne partage votre opinion, mais je suis prêt à mourir pour que vous puissiez vous exprimer.
Sage décision n'est-ce pas ?
Méditons donc ensemble...
A bon entendeur salut !
Sambel