Editorial
Le 1er janvier 1960, Le Cameroun inaugurait la valse des indépendances des Etats africains francophones.
C'était le temps de l'espoir, de la renaissance africaine et de la fierté enfin retrouvée.
Tout le monde rêvait d'un renouveau d'une Afrique unie, d'une Afrique forte qui compterait désormais dans le concert des nations.
Cette Afrique là était riche de matière première en tout genre et tous les rêves étaient permis.
Cinquante plus tard, ce soleil des indépendances si fièrement proclamé a tourné au cauchemar de la dépendance et au crépuscule des libertés.
Démocratie confisquée, liberté bafouée, économie vampirisée et population sacrifiée tel devait se révéler le visage de l'Afrique post-indépendance, continent de l'humiliation et des guerres, de la famine et des régimes despotiques.
L'unité si bruyamment proclamée ne fut qu'un mirage.
En effet si l'Europe a su se préserver de la guerre pour retrouver un développement substantiel de son economie , notamment en créeant de formidables ensembles économiques et politiques (Union européenne, CEDH, OSCE), l'Afrique, elle, a multiplié les coquilles vides et les fausses institutions.
Avec le recul, il n'est pas possible de dire que nous ne savions pas ou que cela n'était prévisible.
Dès 1962, l'agronome français René DUMONT écrivait : "L'Afrique noire est mal partie"[1].
Censuré, vilipendé, consideré comme raciste et illuminé les quolibets ont été nombreux pour dénoncer les propos de ce prophète des temps modernes, jaloux de la victoire obtenue après un combat de haute lutte.
Et pourtant, cinquante ans plus tard, force est de constater que "l'illuminé" avait raison.
Nous aurions tant aimé que l'histoire le fasse mentir.
La réalité est là, implacable. Non seulement le continent n'est pas parti, mais à certains endroit il stagne voire recul.
Dans ces conditions que peuvent bien signifier les cinquante années d'indépendances que l'on s'apprête à célébrer.
A court terme, pas grand-chose.
Au-delà des illusions perdues, la géopolitique est là, imperturbable.
Ainsi, le 14 juillet 2010, les armées des anciennes colonies d'Afrique francophones défileront sur les Champs Elysée.
La question qui me vient à l'esprit est celle de savoir ce que représente la symbolique de ce défilé?
L'enterrement de nos rêves, la fin de nos illusions? La réalité crue de notre dépendance?
Je n'ai aucune réponse qui me vient à l'esprit.
Cependant tout n'est pas perdu. Certes le chemin est beaucoup plus difficile que prévu, mais il n'est pas vain.
Il ya quelques mois sur ce blog, je me faisais le défenseur d'une Afrique qui réussit sa révolution démocratique (BÉNIN, GHANA, MALI, etc.)
Il ne s'agit pas là de mirage mais de la réalité d'une Afrique en mutation.
J'ai la faiblesse de croire comme on le dit dans certaines chansons d'artistes de la RDC,
" Quelle que soit la durée de la nuit, le soleil apparaitra ".
J'espère que d'ici là nous n'aurons pas tous perdu la vue à force de vivre dans la pénombre.
Pour sacrifier au rituel, Bonne et heureuse année 2010 à tous ...
Armand SAMBA SAMBELIGUE (Sambel)
[1] René Dumont, L'Afrique noire est mal partie, Editions Le Seuil 1962.