Les bouleversements historiques à travers les tribulations d'une institution continentale
Aussi curieux que cela puisse paraître, les derniers événements en Tunisie remettent sur le devant de la scène la crise ivoirienne non pas essentiellement en termes d'actualités politiques et de luttes de légitimité des acteurs mais plutôt d'un point de vue sociétale à travers les tribulations d'une institution régionale africaine et non des moindres : la Banque Africaine de Développement.
Le siège de la Banque Africaine de Développement à Abidjan
En effet, on se souviendra qu'en 2003, en raison de l'intensité de la crise ivoirienne, la BAD quittait la Côte d'Ivoire où elle avait son siège pour s'installer provisoirement à Tunis.
Le choix de la capitale tunisienne était judicieux, le pays étant reconnu comme stable, sûr et offrant toutes les garanties en termes d'infrastructures économiques et sociales correspondant aux standards recherchés par les institutions multilatérales de même importance.
Le personnel et l'administration de la banque semblaient avoir gagné au change, même si ces derniers mois, les perspectives d'un retour sur les bords de la lagune Ebrié étaient sérieusement envisagés sans être véritablement souhaités.
Dans cette situation d'ambivalence entre la douceur de Tunis et le confort d'un véritable siège à Abidjan, l'Assemblée Générale de la banque tenue dans cette ville du 27 au 28 mai 2010 achevait de contredire les plus sceptiques aux grands dam d'une partie des personnels.
C'est dans ce contexte particulier que la crise née de la contestation des élections en Côte d'Ivoire venait donner du grain à moudre à tous les détracteurs d'un retour précipité à Abidjan.
Or, voilà que par un curieux signe du destin, un peu moins de deux mois après la Côte d'Ivoire, la Tunisie et avec la "belle Tunis" était à son tour secouée par des manifestations politiques d'une ampleur sans précédent, conduisant à la chute du régime du Président BEN ALI.
Certes, ce n'est pas la Côte d'Ivoire, mais il est d'ores et déjà possible de dire concernant la banque panafricaine qu'elle est ébranlée car c'est bien connu, la finance déteste l'incertitude.
Au cœur de cette petite appréciation comparée, une notion : la stabilité.
Dans les relations internationales, elle est scrutée comme un gage pour les investisseurs quels qui soient.
Or, l'exemple tunisien comme beaucoup d'autres exemples semble nous rappeler que la stabilité, élément de soutien à des régimes peu recommandables n'est souvent qu'une image, une illusion de stabilité qui vacille dès lors que tel un volcan endormi, les hommes dont elle contribue à nier les aspirations se soulèvent et balayent tout sur leur passage.
Il nous appartient de nous interroger sur la déconvenue de la BAD à Tunis qui pourrait faire penser à un épiphénomène et qui pourtant symbolise à travers sa recherche de stabilité, une inconsciente indifférence face aux maux des populations qui souffre sous le joug de régimes autoritaires.
Il est vrai que comme on le dit souvent, comparaison n'est pas raison.
Et pourtant, les tribulations de la BAD nous renvoient à une réalité bouleversante tenant à la relativité des choses : rien n'est jamais acquis.
On ne saurait donc être à l'abri nulle part, pas même dans cet occident où tout nous semble permis.
Armand SAMBA SAMBELIGUE